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Sexe Education, la série Netflix joue-t-elle bien son rôle ? Quel est son impact sur les jeunes ? Sur leur vie sexuelle ET sur leur vie affective.

La nouvelle sérié phare de Netflix « Sexe Education » a été un vrai succès. 4 semaines après sa mise en ligne le 11 Janvier 2019 le géant américain dévoile des chiffres impressionnants : 40 millions de foyers ont vu la série (un foyer représente un compte Netflix ayant vu 70% du film ou de l’épisode). La plateforme a même annoncé une seconde saison. Encensé par les médias, cette série a réussi à aborder la sexualité chez les jeunes sous un angle nouveau et bienveillant. Si nous saluons la mise en lumière de plusieurs sujets importants, il nous semble qu’il manque quelques ingrédients importants à une éducation réussie.

Le corps est un espace sacré, pas dans « sexe education ».

Une fois de plus la série met en scène des rapports sexuels de manière ostentatoire où la sexualité est assez désacralisée. On ne peut pas croire que notre corps est un objet, surtout pas au moment de l’adolescence où notre égo est en pleine construction et très fragile. Historiquement nos sociétés occidentales ont séparé le corps et l’esprit comme si c’était deux entités différentes. Ce ne sont pas des notions à cliver ! Nous vivons le monde à travers les stimuli de notre environnement par le biais de nos 5 sens ce qui nous permet de fabriquer le filtre avec lequel notre esprit comprend notre monde. Il est important de rappeler que ce que vit le corps impacte l’esprit et ce que croit l’esprit influe sur le corps (par exemple l’effet placebo !). Et dans cette série, rien de bien sacré concernant notre corps ou notre sexualité !

Des stéréotypes où les singularités de chacun ne sont pas creusées.

Sexe education met en lumière des nouveaux personnages et des associations de couple nouvelles. Même s’ils sont nouveaux, ils n’en restent pas moins des stéréotypes. Dans Sexe education, on reste sur des couples qui se construisent autour de « l’avoir » (caractéristiques physiques, réputation, capacités sportives ou intellectuelles) et non autour de l’être. Un regard vraiment moderne aurait été que chaque personnage soit un individu complexe avec sa part d’unicité et que les couples qui se forment se fassent à travers l’interaction de leurs personnalités, de leur singularité. Car c’est ainsi que se créé l’état amoureux. Chez Love Intelligence nous savons que pour qu’une relation de couple puisse prendre et s’épanouir sur le court et le long terme, le plus important est d’être séduit par la qualité « d’être » de l’autre, « l’avoir » étant éphémère et surtout très superficiel.

Des mots sur deux nouveaux phénomènes de société.

1. La révolution numérique a amené des changements profonds dans les liens sociaux notamment pour les lycéens actuels qui n’ont jamais connu le monde sans internet et les réseaux sociaux. De ce fait les parents sont souvent un peu dépassés par les enjeux et les comportements qui existent dans les lycées. Le harcèlement virtuel par exemple, ou « slut shaming », dont certaines filles peuvent être victimes. Ce phénomène est décrié depuis quelques années dans la presse mais on sent que personne ne prend vraiment ses responsabilités : le corps professoral ou la direction des lycées ne s’impliquent pas toujours assez (d’autant plus que parfois, cela se déroule en dehors de l’établissement), les parents ne sont pas forcément au courant, les enfants ne se confient pas à leurs parents sur ce sujet difficilement abordable (malheureusement). Dans cette série on voit que la direction prend ses responsabilités en organisant une réunion avec tous les élèves du lycée pour que l’auteur du harcèlement se dénonce. Une décision responsable dont les lycées français pourraient s’inspirer.

2. On voit également que l’accès illimité au porno entache clairement la sexualité des jeunes qui ne peuvent s’appuyer que sur ce contenu pour avoir un semblant d’éducation sexuelle, n’hésitez pas à lire notre article sur ce sujet.

L’impact positif de la série Sexe education qui joue un rôle d’éducation sur 4 sujets précis.

La lignée bienveillante sur la sexualité tout au long de la série est agréable. Là encore Sexe Education lève le voile sur des sujets peu traités par notre société et pourtant oh combien important pour une vie sexuelle épanouie :
- la masturbation féminine,
- l’acceptation de son corps,
- la communication autour de la sexualité,
- le lien entre le mental et le corps (notamment dans l’épisode qui traite du vaginisme). Autant de sujets qui jouent un rôle primordial dans la sexualité et qui sont très loin d’être abordés dans les cours d’éducation sexuelle classique.

La sexualité, désacralisée et en même temps trop taboue

Aujourd’hui il y a une vraie ambivalence dans notre rapport à la sexualité. Si d’un côté le sexe est complètement désacralisé, les rapports intimes entre deux personnes peuvent être exempt de tout échange émotionnel, le porno est très accessible, la femme est sexualisée à tout va pour nous faire consommer toujours plus, c’est un grand tabou lorsqu’il s’agit de partage, de connaissance de soi et de l’autre. On voit que même le personnage qui est censé avoir une sexualité libérée ne sait pas placer l’hymen sur un schéma, que la seule transmission que propose le prof de SVT est d’apprendre à mettre un préservatif et que tout le monde est très dérangé lorsqu’il y a la projection d’une vidéo sur la masturbation.

Dans notre quotidien c’est la même chose. Les jeunes filles d’aujourd’hui font partie de la 2e ou 3e génération de femmes qui adoptent une sexualité plus libre. Cela dit cette évolution des normes et des valeurs n’est pas assez ancienne pour que la transmission, l’éducation à la sexualité de la mère à la fille soit monnaie courante. Une jeune fille de 16-17 ans qui commence sa vie sexuelle ne s’orientera peut être pas automatiquement vers sa mère. Pourquoi ? Et bien par ce que même si sa mère a eu une vie sexuelle plus libre que sa grand-mère, l’importance de la communication sur ce sujet n’a pas été très élaboré. L’échange va rarement plus loin qu’une information sur le fait "qu’il est important de se protéger". Du côté des garçons, la « sexualité performance » est toujours d’actualité et le vieux cliché qui dit qu’ils ne pensent qu’au sexe a encore de beaux jours devant lui.

La grande lacune de la série : la parole pas libérée. Mais les actes….oui !

On voit clairement la lacune de la parole sur le sujet dans la série, soit c’est avec une mère sexologue bien trop envahissante, soit ce sont des parents complètement fermés sur le sujet. En somme la parole est « manquante », peu équilibrée. On aurait tant aimé, un couple parental ouvert, un peu modèle dans sa communication auprès de ses enfants, ainsi, Sexe Education aurait mieux porté son nom !

L’homosexualité, une normalité…critiquée

Preuve que les mentalités évoluent, on voit dans la série un couple de mères lesbiennes, un jeune homme populaire du lycée ouvertement gay tout comme le meilleur ami du personnage principal. Mais certains d’entre eux (Eric dans la série) sont néanmoins l’objet de critiques. Le sujet du « retour au placard » est donc bien abordé dans cette série : ce phénomène dont peuvent malheureusement être victimes certaines personnes homosexuelles qui s’affichent sans honte, enfin, mais qui sont vite victimes de critiques. Une personne ouvertement homosexuelle n’ose plus afficher son orientation sexuelle suite à une agression (SOS Homophobie recense +15% d’agressions homophobes en 2017 versus 2016 en France).

L’éducation affective : grande absente de la série

Preuve que la série reflète assez bien la société dans laquelle nous sommes, l’éducation affective n’est pas tout abordée. Notre éducation affective est défaillante car nous la recevons de manière quasi hasardeuse par l’entourage familial et amical ; ce qui nous expose à des grandes inégalités. En effet, la perte des anciens repères (l’effondrement des repères religieux, la fin du modèle patriarcal) et d’un modèle qui donne envie, oblige tout un chacun à faire seul des choix fondamentaux personnels qui mobilisent des compétences affectives, émotionnelles, relationnelles… Chez Love Intelligence nous ne préconisons évidemment pas un model relationnel unique mais apprendre à être bien à deux, établir les bonnes bases du développement affectif outre que cognitif nous apparaît désormais comme un objectif incontournable de tout système éducatif et social se voulant moderne.

En bref

La série Sexe Education a clairement le mérite d’aborder un sujet bien mal traité par les médias et notre société, sous un angle bienveillant et juste. Attention tout de même à ce qu’une série ne devienne pas le seul accès à une éducation sexuelle « digne de ce nom » à laquelle nos jeunes ont accès. Cela reste romancé, retouché et incomplet au niveau affectif. C’est un bon départ pour penser les lacunes de notre société (et les nôtres) sur le sujet, mais un flop si ça ne permet pas d’éveiller un peu les consciences et d’évoluer.


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