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Quel est l’impact de #Metoo et #BalanceTonPorc sur nos rapports avec le sexe opposé ?

Rappel : #MeToo, qu’est-ce que c’est ?

La campagne débute en octobre 2017 après que soient rendues publiques les enquêtes d’agressions sexuelles par le producteur américain Harvey Weinstein. L’actrice Alyssa Milano crée le hashtag « Me Too » et aide à rendre public beaucoup de témoignages de violences sexuelles et à donner la voix aux victimes. En France, la journaliste Sandra Muller reprend le mouvement sous la forme du hashtag « balance ton porc ». #Metoo et #Balancetonporc ont permis à de nombreuses femmes de retrouver la voix : elles osent témoigner contre les violences faites aux femmes : harcèlements, agressions, viols. Le mouvement s’est très vite diffusé et a été reproduit dans plus de 80 pays à travers le monde.

Le mouvement donne le courage de se battre contre les abus sexuels

L’impact du mouvement est positif. Il permet non seulement aux femmes de s’exprimer sans pour autant devenir des militantes féministes. Mais il a également ouvert les yeux à beaucoup d’hommes (et de femmes !) qui jusqu’ici n’avaient toujours pas conscience de l’ampleur des agressions envers les femmes, notamment celles commises par les hommes en position de pouvoir. Par ailleurs, la campagne mène les politiciens à s’intéresser au soutien des victimes et à se questionner sur l’éducation et la sensibilisation contre le harcèlement, notamment au travail.

« Balancer » n’est pas forcément la solution idéale

Le mouvement est toutefois controversé et beaucoup lui reprochent de s’être enflammé et d’avoir perdu l’objectif initial. Ce qui devait permettre aux victimes de s’exprimer quant à des attaques envers les femmes, serait vite devenu un moyen excessif de reprocher aux hommes toutes sortes de comportements non illégaux. Par ailleurs, Le Canard enchainé explique dans son édito d’octobre 2017 qu’il y a une différence entre valoriser le courage de s’exprimer face aux abus et agressions sexuelles, et utiliser les réseaux sociaux pour se venger : « Si #balancetonporc met mal à l’aise, ce n’est pas parce qu’il dénonce, c’est par la façon dont il le fait ». Néanmoins, nous ne pouvons, au sein de Love Intelligence que rappeler que, même pour « dénoncer », il faut du courage ! Car n’oublions pas que la plupart des femmes ne disent rien, ont honte, et si le media n’est pas parfait, il a le mérite de permettre aux femmes d’oser, enfin, dire ce qu’elles ont vécu.

Le « Pence Effect », ou quand les hommes fuient les femmes

Nous nous questionnons ici sur ces mouvements de protection de la femme qui auraient un effet pervers : ils positionnent possiblement l’homme en oppresseur. S’ensuivent des craintes chez les hommes dues à un excès supposé des mouvements. Pour ce qui concerne la France, nous avons une conviction : nos hommes sont encore libres et séducteurs, et nous ne craignons pas de les perdre en chemin. Mais nous y reviendrons dans cet article. Parlons, tout d’abord, des États Unis.

Aux États-Unis, on appelle cette conséquence le « Pence effect » - d’après la réaction très excessive à #Metoo du vice-président américain Mike Pence, qui dit éviter d’être seul avec une autre femme que son épouse afin de prévenir tout malentendu. Cet effet représente une certaine paranoïa des hommes, notamment dans le milieu professionnel, qui préfèrent éviter les femmes et les situations compromettantes plutôt que prendre le risque de se retrouver attaqués en justice. Mais Love Intelligence a toujours décrié cette tendance aux Etats-Unis qui existe depuis que les femmes ont la parole libre sur le harcèlement, depuis la montée du féminisme, à savoir les années 90. Cela ne date pas du 21e siècle. Les Etats-Unis n’ont jamais bien intégré le féminisme. Celui-ci a créé des clans Hommes/femmes. Les femmes ont perdu en féminité, les hommes en liberté.

Et en France, nous voyons toujours nos hommes oser courtiser, draguer. On est bien loin du modèle conventionnel américain. Nos hommes français sont bien moins contrôlés, puritains que nos amis anglo saxons, et les femmes ne se plaignent pas de ne pas être courtisées. (la plainte récurrente est sur le manque d’engagement mais ceci est encore un autre sujet !

La femme ne veut pas être catégorisée comme une victime.

En France, on voit également apparaître un mouvement qui s’oppose à #BalanceTonPorc et attaque la différenciation excessive des genres où la femme est vue comme une victime et l’homme comme un oppresseur. Par exemple, la tribune fortement controversée et critiquée sur « La liberté d’importuner » de janvier 2018 dans Le Monde a été signée par 100 femmes pour rejeter un mouvement qui d’après elles s’apparente de plus en plus à une « haine des hommes ». En effet, ces femmes expliquent que le mouvement est devenu une victimisation de la femme et un moyen de critiquer les hommes et de les faire fuir. Love Intelligence a refusé de signer cette tribune à l’époque, car on se trompe de problème ! Et Florence Escaravage l’avait bien expliqué à l’époque.

Le droit d’importuner … vraiment ?

D’après les 100 femmes qui signent la tribune, il ne faut pas confondre la drague insistante et l’agression : « Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste. » Pour ces femmes, le mouvement qui dénonçait les agresseurs s’attaque maintenant à des hommes qui ne le méritent pas forcément et place la femme en éternelle victime : « c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie ». Ainsi, certaines femmes ont l’impression de devoir se défendre non seulement contre les hommes, mais également contre les femmes qui les dénoncent « traitresses » ou « complices » des hommes si elles n’attaquent pas ces derniers.

Impact sur les rapports intersexes

Nous ne sommes pas ici pour juger du mouvement ou de la légitimité des critiques de l’époque mais pour comprendre l’impact, 2 ans plus tard, du mouvement sur les rapports hommes femmes. On peut aisément conclure après 2 années de recul que certains hommes, finalement, n’ont pas honte d’être hommes et n’évitent pas, depuis ce mouvement, les femmes …sans savoir s’ils sont victimes, oppresseurs, ou bien excessivement paranoïaques. Les hommes font plus attention à leur comportement vis-à-vis des femmes, voici les bienfaits du mouvement. Tout le monde est mieux informé, et plus respectueux…on progresse ! et il y a encore du chemin à faire.

Seules quelques femmes se sont senties victimisées et oppressées par l’ampleur du mouvement. Mais les relations amoureuses en général n’en ont pas pâties.

Attention à ne pas nous opposer, hommes et femmes !

Les excès supposés du mouvement ont amené les hommes, peut-être, pendant une courte période, à avoir peur de toute approche envers les femmes. Et oui, les femmes ont été rappelées que nombre d’entre elles sont des victimes à protéger. C’était nécessaire, et cela ne fait pas souffrir nos relations amoureuses, bien au contraire.

Les femmes ont compris que nombre d’entre elles s’étaient souvent senties attaquées. Elles ont voulu récrier leur indépendance. Et si, tandis qu’aux Etats-Unis, les hommes n’osent plus séduire de peur d’être jugés ou critiqués, en France, rien n’a encore vraiment changé.

Ainsi, quelques femmes veulent prouver qu’elles n’ont besoin de personne et, en ajout à leur peur des hommes, les fuient, les critiquent. Elles sont dans l’erreur car elles nous opposent, comme si nous avions deux sexes fiers qui se fuient et une politique sociétale qui les empêche de se réconcilier.

Comment retrouver une harmonie ?

Il faudrait simplement réitérer que les accusations au sein de ces mouvements sociétaux ne sont pas ‘contre les hommes’ mais ‘contre certains hommes’. Les victimes ont besoin de trouver justice mais cela ne fait pas du genre féminin des victimes. Lorsqu’un homme attaque une femme, c’est un oppresseur qui mérite d’être jugé. Toutefois, globalement, les hommes sont aussi bons ou coupables que les femmes et les sexes doivent, sans peur de l’autre, réapprendre à vivre ensemble. Car on ne nous apprend pas à vivre ensemble, à vivre en couple. C’est pourtant bien difficile. Alors attention à ne pas jeter de l’huile sur le feu ; notre priorité est, d’abord, d’apprendre à nous aimer dans nos différences.

Les mouvements sociétaux ont eu tendance à confondre femmes et victimes et à extrapoler les notions d’agresseurs à tous les hommes. Le danger est de détruire l’harmonie intersexe. Ainsi, il faut bien distinguer la campagne et ses bénéfices des excès du mouvement afin que les femmes n’aient pas l’impression de devoir constamment se défendre (contre les hommes mais également contre les femmes) et pour que les hommes réapprennent à se comporter de manière saine envers les femmes.

Pour aller plus loin…

-  Article sur les conséquences de #MeToo et le Pence Effet dans le Washington Post : Parker, K. (2018). The inevitable unintended consequences of #MeToo.

-  Article dans Le Monde sur « la liberté d’’importuner » : " Nous défondons une liberté d’importuner" ; et la tribune.

-  La Une Du Canard Enchaîné sur « le porc de l’angoisse » :


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