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Bisexualité, ou alterner ses attirances et bien gérer ses relations

Introduction

Passer d’une relation hétéro à une relation bi et inversement devient de plus en plus fréquent, cette situation n’est pas toujours facile à gérer. Au sein de Love Intelligence, il nous arrive plus souvent que dans les années 2000 de recevoir des couples hétéros dont l’un était avant homo par exemple, ou vice et versa. Mais la plupart des personnes savent, lorsqu’elles entament une relation amoureuse qui semble prometteuse, qu’elles doivent anticiper un certain degré de changement dans leur vie (on va vivre ensemble par exemple…) mais elles supposent que l’orientation sexuelle est assez stable : gay ou hétéro, on est « né comme ça », et cela ne risque pas de changer.

« Je crois que le genre et la sexualité sont fluides, ce qui signifie que nous changeons tout au long de la vie », écrit Poljak, thérapeute conjugal et familial. Les changements culturels récents ont probablement conduit à des moments de révélation pour certaines personnes qui niaient ou tout simplement ne reconnaissaient pas leurs sentiments « étranges ».

La bisexualité, c’est quoi ?

Une personne est bisexuelle lorsqu’elle est capable de nouer une relation (généralement physique, romantique, émotionnelle) avec des personnes du même sexe ou de l’autre sexe sans préférence. La sexologue Isabelle Frappier, dont le travail consiste à aider ses clients à s’approprier et à définir leur expression sexuelle, déclare qu’une personne n’a pas besoin d’être passée à l’acte avec une personne du même sexe pour se qualifier d’homosexuelle ou de bisexuelle.

Les idées reçues sur la bisexualité

  1. La bisexualité est souvent considérée comme « une phase ». Et l’idée selon laquelle les personnes bisexuelles sont « juste confuses » persiste. Cela est particulièrement vrai chez les hommes.
  2. La bisexualité chez les femmes est légèrement plus acceptable socialement (parce que considérée comme une « expérience »). Les hommes, eux, considèrent le plus souvent que la bisexualité se trouve sur le chemin de l’homosexualité.

Ces mythes découlent de l’approche historiquement rigide de notre société à l’égard de l’expression sexuelle. Les experts expliquent que la bisexualité d’une personne n’invalide pas l’amour qu’elle a pour son partenaire du sexe opposé. Selon Poljak, l’idée qu’une personne doive « choisir un camp » est enracinée dans des attentes hétéro-normatives.

Bisexualité exclue du LGBTQ

Les personnes bisexuelles peinent à trouver leur place parmi les communautés gaies, lesbiennes et hétérosexuelles. Elles existent souvent dans une zone floue, à la fois exclues par la communauté LGTBQ comme n’étant pas « assez homosexuelles » et exclues par les personnes hétérosexuelles comme n’étant pas « assez hétérosexuelles ». Cela peut expliquer pourquoi, selon une étude récente, la plupart des personnes bisexuelles disent que leurs proches ne connaissent pas leur sexualité.

La confusion chez les bisexuels

La question « Suis-je assez bi ? » peut aussi peser lourd sur les personnes qui pensent qu’elles ne sont peut-être pas tout à fait hétéros, comme s’il fallait démontrer par des « preuves » sa sexualité. Celles qui s’interrogent aimeraient peut-être penser qu’il existe un test décisif qui leur indiquerait si elles sont vraiment bi ou non, mais ce n’est tout simplement pas le cas. « Pour les homosexuels, ce n’est pas si simple » déclare Poljak. L’espoir de « comprendre » ou de trouver une « réponse » est une idée assez rigide imprégnée dans les attentes hétéro-normatives. Cela met également beaucoup de pression sur une personne d’avoir à déclarer une orientation et de s’y tenir.

Les statistiques

  • Des études montrent que les personnes bisexuelles sont plus à risques de dépression, d’anxiété et de violence que leurs homologues gais, lesbiennes et hétérosexuels. Bien que cacher sa bisexualité puisse s’avérer un choix nécessaire dans notre société, la recherche montre que le stress de garder ce secret contribue à des relations perturbées, à des sentiments de honte et de culpabilité, ainsi qu’à des symptômes d’anxiété et de dépression.
  • Des études ont indiqué que jusqu’à 84 % des personnes bi sont dans une relation qui pourrait, de l’extérieur, être considérée comme « hétérosexuelle ». Face à la discrimination de la part des communautés homosexuelles et hétérosexuelles, les recherches suggèrent que les personnes attirées par deux genres font face à des taux plus élevés de dépression et d’anxiété et ont une santé mentale moins bonne.
  • Une étude britannique a révélé que seulement 33 % des femmes bi se sentent à l’aise pour parler de leur orientation sexuelle à leur médecin généraliste, et que près de la moitié des personnes interrogées ont souffert de bi-phobie dans les services de santé.
  • Des difficultés supplémentaires découlent du fait que les personnes bi sont moins susceptibles de dévoiler leur orientation sexuelle (seulement 19 % informent les personnes qui comptent le plus dans leur vie). Et les femmes bi sont plus exposées aux risques de violence domestique.
  • Les femmes bisexuelles avec des partenaires hétérosexuels sont les moins susceptibles de se révéler, selon une étude.

Explorer sa bisexualité

Explorer sa bisexualité n’implique pas nécessairement de relations sexuelles. Le simple fait de remarquer que vous êtes attiré par d’autres genres peut suffire à votre exploration. Le fait de le révéler à soi-même, ou peut-être de dire « Je suis bi. Je ne sais pas encore à quoi cela ressemble, et ce n’est pas grave » peut s’avérer extrêmement positif. S’identifier en tant que bisexuel peut vous faire sentir vulnérable ou isolé, mais vous pourriez trouver du réconfort à rencontrer d’autres personnes bisexuelles. Certaines personnes se sentent acceptées en se dévoilant à leur famille et amis proches, et d’autres en s’impliquant dans la communauté LGBTQ. Des psychologues encouragent leurs patients bisexuels à lire des livres sur ce sujet, soutenir des artistes et des musiciens bisexuels, ou encore rejoindre des groupes bisexuels.

Difficulté d’en parler en couple hétéro

Se révéler bisexuel au cours d’une relation hétérosexuelle engagée est peu courant, mais un changement d’identité sexuelle est rarement révélé dans le cadre d’une relation à long terme, et n’est que très peu discuté. Malgré les progrès réalisés concernant la compréhension sociale sur les problèmes LGBTQ au cours de la dernière décennie, les thérapeutes Jared Anderson et Tamala Poljak affirment que nombre de leurs patients craignent qu’être bisexuel lorsqu’ils sont en couple hétérosexuel puisse condamner leur relation. Selon la sexologue Isabelle Frappier, la bisexualité peut être explorée tout en honorant une relation existante (mais chacun a des définitions différentes de ce que signifie explorer). Et bien qu’il puisse sembler intimidant d’accepter l’orientation bisexuelle tout en restant dans une relation hétéro, ce n’est en aucun cas impossible.

Ne pas cacher sa bisexualité

Les experts encouragent fortement la révélation de sa bisexualité ou de son homosexualité à son partenaire, car le secret peut mettre la relation en cours à rude épreuve. Cacher son orientation sexuelle peut également contribuer à l’idée néfaste que sa bisexualité est en quelque sorte scandaleuse, ou quelque chose dont il faut avoir honte. Craindre une mauvaise réaction de son partenaire ou ne pas être prêt à partager ses sentiments avec lui est normal, et donc c’est une bonne idée d’en parler à un professionnel, un ami de confiance ou un ami bisexuel qui pourrait aider à gérer et comprendre ses sentiments. Il est crucial pour les personnes qui remettent en question leur sexualité d’avoir un système de soutien solide.

La jalousie dans le couple

La jalousie et l’insécurité peuvent survenir dans n’importe quelle relation, mais peuvent apparaître plus fréquemment dans les relations hétérosexuelles où l’un des partenaires est bi. Selon le psychologue Richards, cette paranoïa est généralement le produit de la bi-phobie, ou des hypothèses enracinées selon lesquelles les personnes bisexuelles sont plus libertines que les personnes mono-sexuelles. « Il y a cette idée que les personnes non mono-sexuelles n’ont tout simplement pas de frontières » explique Richards. Cela peut sembler effrayant pour les partenaires, faire naître chez eux le sentiment qu’ils ne peuvent pas faire confiance à quelqu’un qui n’a pas de limites, et la jalousie va alors en découler naturellement.

Le « bi-effacement »

Ces mêmes sentiments de jalousie et d’insuffisance peuvent alimenter des attitudes de bi-effacement chez le partenaire mono-sexuel. Par exemple, si un homme en couple avec une femme qui révèle être bi, sa partenaire hétérosexuelle pourrait suggérer qu’il est homosexuel afin de minimiser la menace perçue et de s’absoudre de toute responsabilité ou sentiment d’échec. S’il aime les hommes, selon la logique, alors il n’y avait rien que la partenaire féminine puisse faire pour empêcher l’intérêt du partenaire masculin de quitter la relation pour explorer les relations avec d’autres hommes.

À quoi va ressembler le futur pour les bisexuels ?

La recherche montre que les identités mono-sexuelles sont de moins en moins courantes, en particulier parmi les jeunes générations. Selon une enquête de 2016 menée par le Walter Thompson Innovation Group, seuls 48 % des adolescents s’identifient comme étant hétérosexuels, et plus d’un tiers des personnes interrogées a exprimé une identité bisexuelle. Cette normalisation croissante des identités non mono-sexuelles contribuera à réduire la bi-phobie et le bi-effacement dans les années à venir, et minimisera les inquiétudes généralisées concernant les identités bisexuelles.

Comment réagir si notre partenaire dévoile être bisexuel ?

Lorsque des jalousies ou des angoisses liées à la bisexualité surviennent, le psychologue Richards suggère que les deux partenaires s’engagent dans un dialogue ouvert et honnête. Le partenaire mono-sexuel devrait examiner ses hypothèses enracinées sur la bisexualité et essayer de transformer ces hypothèses en question. Il faut éviter de minimiser, d’invalider, d’attaquer, de juger, et surtout de pousser son partenaire vers une autre identité.


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